L’Œil des morts

La Nouvelle-Orléans est une ville envoûtante, dans tous les sens du terme.

La première chose qui vous frappe quand vous arrivez à La Nouvelle-Orléans ne se voit pas : elle se sent. Mieux, elle vous remplit tout entier. Cette fragrance n’est pas agréable — vous ne l’auriez pas remarquée autrement —, mais elle n’a rien d’une puanteur non plus. Elle marche en équilibre sur un fil prêt à casser, tendu entre soupir et souvenir oublié, vous caresse les narines d’abord, puis vous vrille les sinus avant de se dérober et de céder la place aux effluves de grillades et aux relents d’égouts.

J’avais décidé de prendre quelques jours de vacances, ou plutôt mon éditeur en avait décidé pour moi. Je chérissais depuis longtemps l’idée de revenir en Louisiane, où je n’avais pas mis les pieds depuis une tournée des librairies dix ans plus tôt. À l’époque, mon second roman avait trouvé le moyen de grimper au sommet du classement des meilleures ventes du New York Times, en conséquence de quoi la moitié du pays s’était acharnée sur le téléphone de mon agent pour lui arracher des séances de dédicaces.

Les tournées sont rarement des moments agréables. Elles consistent principalement à entrer et sortir d’une voiture climatisée, à dormir dans de minuscules chambres d’hôtel et à traverser quelquefois un état tout entier sur la couchette crasseuse d’un wagon-lit de deuxième classe. De ma précédente visite, je n’avais retenu que la sensation irritante de l’air des marais se mélangeant à ma sueur, qui n’en finissait plus de tremper ma chemisette. La lecture, donnée devant un public épars, ne s’était pas éternisée : j’avais en tout et pour tout passé moins de quatre heures en ville et j’étais reparti par le premier train en direction de Memphis. Le temps dilue les mauvaises expériences pour ne garder vivaces que les souvenirs aimables, ou du moins ceux que nous avons encore la force de supporter. Sans réellement savoir pourquoi un vide s’était creusé en moi, je m’étais depuis ce jour promis de revenir. Sans doute avais-je cru passer à côté de quelque chose.

Puis il y avait eu l’ouragan Katrina. La Nouvelle-Orléans s’était alors transformée en un océan de ruines, de hurlements et de dévastation. Assis au chaud dans mon fauteuil, je m’étais égaré dans les bulletins d’information, les talk-shows, avant de m’empiffrer, comme un junkie, de soirées caritatives. J’avais même décroché mon téléphone pour faire un don. Je n’étais pas dupe de ma volonté de me décharger d’une certaine culpabilité, mais un pan de mon âme s’était imprégné, telle une éponge et bien malgré moi, de cette odeur si spéciale qui m’était revenue dès l’annonce du désastre. Je jurai que sitôt qu’un peu de temps se libèrerait dans mon agenda, j’irai présenter proprement mes hommages à la vieille dame des marais. De fait, mes derniers livres n’avaient pas rencontré le succès escompté. Le temps, je l’avais désormais.

À l’arrivée du train en gare, une chaleur lourde et humide s’abattit sur mes épaules. Un simple déodorant ne suffirait pas à éponger la sueur collante qui s’était mise à suinter sous mes aisselles : j’aurais peut-être besoin de talc. Le ciel gris paraissait descendre plus bas qu’à Chicago et une file de taxis attendait sur le parking. Je m’avançai vers le premier. Sans sortir de son véhicule, le chauffeur m’adressa un signe à travers la vitre baissée et ouvrit le coffre. J’enfournai mon bagage dans le compartiment et claquai le hayon.

— Bienvenue à La Nouvelle-Orléans, dit le conducteur d’une voix traînante empâtée d’un accent du Sud à couper au couteau. Vous allez où ?

Je tirai de ma poche la feuille que j’avais imprimée la veille de mon départ, où était indiquée l’adresse de mon hôtel.

Lafayette Resort, annonçai-je.

Dans cette ancienne colonie française rétrocédée tardivement aux Américains, la moitié des établissements portaient des noms vaguement folkloriques. J’attachai ma ceinture et dardai un œil noir sur le compteur éteint. Le chauffeur fit mine d’appuyer sur un bouton. Mon voyage m’avait trop fatigué pour protester : je me contentai de prendre discrètement sa licence en photo. Le conducteur m’observa faire dans le rétroviseur et le reste du trajet se fit dans le pénible grésillement d’une radio crépitante, de laquelle filtraient parfois des accords de guitare.

Le centre-ville n’avait pas beaucoup changé depuis mon dernier passage. L’ancien secteur français, le cœur touristique de La Nouvelle-Orléans, avait été relativement épargné. La reconstruction avait dû se concentrer en priorité sur les zones commerciales, au détriment des banlieues pour lesquelles la municipalité avait sans aucun doute fait preuve de moins de zèle. Les quartiers les plus touchés par la tempête se situaient du côté des digues.

Le véhicule me déposa au pied du Lafayette, mais ne s’engagea pas dans le corridor réservé aux taxis : le chauffeur — sans doute connu du personnel — avait dû par le passé déclencher quelque scandale au détriment de touristes naïfs. Il m’annonça son prix et je payai sans discuter.

Ma chambre était située au fond d’un couloir. La moquette épaisse étouffait mes pas et le crissement de ma valise. En basse saison, les hôtels étaient vides et les prix mangeaient les pissenlits par la racine. C’était la période rêvée pour une retraite.

Je déposai mes bagages. La pièce avait des airs de luxueux appartement à l’européenne, avec ses lourdes tentures, ses fenêtres à croisées qui donnaient sur la rue, son papier peint à motif floral et ses fauteuils duchesse dont je profiterai plus tard, avec un pack de bières, un demi-kilo de M&M’s et un film sur la télévision grand écran. Trempé de sueur, j’enfilai un maillot de bain, un peignoir et refermai la porte derrière moi avant de glisser la carte magnétique dans ma poche. L’établissement mettait à disposition de ses clients une piscine dont je comptais profiter jusqu’à ce que l’air se rafraichisse.

Je remontai le couloir, passai par le distributeur de glace devant lequel une employée aux gestes lents me dévisagea longuement, et finis par arriver face à la porte vitrée du bassin. La piscine se trouvait au centre de l’hôtel, entourée par quatre murs de fenêtres aux rideaux tirés. J’étais le seul baigneur. Je me délestai de mon peignoir et plongeai avec délice dans l’eau claire.

À la nuit tombée, j’enfilai un costume léger et demandai au concierge l’adresse d’un bon restaurant cajun. L’homme, dont les cheveux pâles contrastaient avec son visage noir sillonné de rides, me tendit le prospectus d’un établissement réputé de qualité tout en me gratifiant d’un sourire édenté. Je le remerciai, m’interrogeant néanmoins sur la façon dont un hôtel de ce standing pouvait tolérer que les bouches de son personnel se trouvent dans un tel état de délabrement, et m’arrachai à la fraîcheur de l’air conditionné pour gagner le trottoir. Aussitôt, la chaleur m’accabla. Je passai ma veste sur mon épaule et remontai la Franklin Street en direction du bouiboui.

Le restaurant ne payait pas de mine, mais offrait un choix acceptable de bières locales. J’en sirotai quelques-unes avant de commander une assiette. Je mangeai copieusement à la lumière des bougies et sans vraiment déterminer les aliments que j’ingurgitai. Enfin, je repris le chemin de l’hôtel.

À longer les rues bordées de vieilles maisons en briques rouges ornées de balcons en fer forgé, je me crus un instant revenu au temps des bateaux à vapeur. Un peu plus loin, une entêtante psalmodie jazz sourdait d’un autre bloc. Les yeux embués d’alcool, je tournai à droite à l’embranchement suivant. Sous le parasol d’un club de strip-tease, une gamine en bas résille m’interpela. J’ignorai superbement la nymphe aux faux airs d’adolescente, moins par curiosité que par crainte, et j’avançai encore de quelques mètres avant de me retourner. L’effeuilleuse était rentrée au bercail, mais deux hommes aux épaules tassées et aux visages ombrageux se dirigeaient vers moi.

Je repris mon chemin en accélérant suffisamment pour les distancer sans éveiller leurs soupçons. Avant mon départ, plus d’un ami m’avait prévenu : les agressions se multipliaient en ville. Sur le terreau d’un chômage qui crevait le plafond, il n’y avait rien d’étonnant à ce que la criminalité prospère. Tête baissée, je marchai vers la musique, dont le volume gagnait en intensité. Deux rues plus loin, je me retournai encore : les deux hommes ne m’avaient pas lâché d’une semelle. L’un d’eux donna à son complice un coup de coude, me désignant d’un haussement de menton.

Je pris mes jambes à mon cou en priant pour que mes poumons tiennent le choc. La dernière fois que j’avais piqué un sprint, je devais peser vingt kilos de moins. Je m’engouffrai dans une rue animée, remplie de bars, de clubs et de cabarets érotiques, où je parvins à disparaître dans une foule clairsemée. Au milieu d’une petite place pavée de briques glougloutait une fontaine, derrière laquelle des musiciens assez jeunes pour être mes enfants jouaient un air du bayou sur des instruments plus vieux qu’eux. Le souffle court, le cœur palpitant, je me tassai sur une chaise à la terrasse d’un café et attendis de voir mes poursuivants traverser la place sans me trouver. Je commandai une bière. La serveuse me dévisagea des pieds à la tête, l’air de se demander dans quel pétrin je m’étais fourré. Incapable de regagner l’hôtel en traversant les avenues désertes du vénérable Quartier français, je hélai un taxi.

De retour dans ma chambre, je me débarrassai de mes vêtements et filai sous la douche. La griffure de l’eau froide calma mes tremblements. Je ne pus supporter davantage l’odeur dont ma chemise et ma veste s’étaient imprégnées, et j’enfournai le tout dans un sac de blanchisserie que je jetai dans le couloir. Le verrou de la porte claqua deux fois, et avec lui naquit l’intime conviction que je n’étais pas le bienvenu à La Nouvelle-Orléans.

 

Après une soirée passée devant un film d’action entrecoupé d’une cinquantaine de spots de publicité, je traversai la nuit comme une coquille de noix sur une mer d’huile et me levai du bon pied, décidé à profiter de mon séjour : je n’allais pas me laisser gâcher mon plaisir par quelques gouttes de sueur, une odeur rance, des dents manquantes et une poignée de malfrats. Convaincu qu’il n’y a pas de problèmes, seulement de mauvaises réactions, je repris ma visite là où je l’avais laissée et quittai l’hôtel de bon matin.

Malgré les sacs-poubelle qui mangeaient les trottoirs, l’atmosphère était encore fraîche. Je gagnai rapidement le Jackson Square, où je me délassai les yeux autant que les jambes à l’ombre des grands arbres. La cathédrale Saint Louis, dont les murs d’un blanc immaculé semblaient avoir été épargnés par la corruption, renvoyait une lumière douce sur la pierre des allées. Après une visite éclair de l’édifice — rien ne ressemble plus à une église qu’une autre église —, j’arpentai le vieux quartier en long, en large et en travers. Le Carré français, autrefois le cœur de la ville, faisait la taille d’un petit village de campagne. Si en été, il concentrait la majorité des touristes, on pouvait encore, à cette époque de l’année, s’y promener sans se faire assaillir par les vendeurs ambulants et les guides improvisés. J’appréciai le calme des ruelles, dont le pavé gras portait les stigmates de la soirée, et me laissai enchanter par les rivières de fleurs qui cascadaient des balcons. Sur les coups de midi, je marquai une escale dans une taverne dont les murs badigeonnés de chaux soutenaient des rangées de tonneaux empilés, m’attendant à ce que Long John Silver m’apporte la carte. Je m’empiffrai d’une assiette de langoustines grillées, puis poursuivis mon périple à pied jusqu’à revenir devant les mêmes boutiques et les mêmes églises. Le centre historique visité en moins de quatre heures, j’allais avoir besoin de distractions si je ne voulais pas passer les trois prochaines journées dans la piscine de l’hôtel.

Je remontai le Jackson Square et enfilai les arcades de galeries marchandes qui bordaient le Mississippi, le long de la Decatur Street. Mon regard glissa sur les étals de fausses poupées vaudou, de crânes rieurs et de pierres tombales en plastique. Une certaine frénésie devait envahir les rues au moment du Carnaval.

Plusieurs comptoirs, disposés les uns à la suite des autres sur cette avenue touristique, proposaient aux visiteurs des promenades thématiques. Aux traditionnels tours offrant une expédition au cœur du bayou, une balade en barge au milieu des alligators, une tournée des maisons de stars ou une déambulation à la recherche des fantômes et des esprits vaudou qui hantaient les cimetières — dont les stèles fascinaient les amateurs de vampires du monde entier —, s’étaient dorénavant ajoutées des visites consacrées à l’ouragan Katrina. Dans ces circuits en minibus, on proposait aux touristes d’aller constater par eux-mêmes l’étendue des dégâts. Je n’étais pas spécialement enclin à tomber dans les pièges à gogos tendus aux étrangers, mais il me sembla qu’une visite « sérieuse » avait sa place dans mon périple. J’hésitai néanmoins : voir des alligators avait quelque chose de tentant, tout comme arpenter les cimetières ou entendre des histoires de fantômes. La Nouvelle-Orléans possédait un petit côté « maison hantée » qui titillait le gosse en moi.

Je détaillai les programmes d’un air faussement détaché, sous le regard des employés amorphes qui, derrière leurs hygiaphones, m’observaient sous la brise de leurs ventilateurs respectifs. J’étais clairement Américain, ce qui n’avait rien pour les exciter. Je déchiffrai les lignes illisibles censées informer le voyageur des risques de dévoration encourus en cas de chute dans les marais, quand un gamin m’accosta.

— B’jour, m’sieur.

Je tournai la tête. Le gosse, pas très grand, ne devait pas avoir plus de dix-sept ans, et sa petite taille était encore accentuée par son débardeur trop large pour lui, dont les trous bâillaient et dévoilaient ses côtes. Détaillant son visage sombre et ses cheveux denses, je ne pus m’empêcher de penser que, seulement quelques générations plus tôt, ses ancêtres avaient dû ployer sous les chaînes de l’esclavage. Je portais à titre personnel le poids de ce remords, mon arbre généalogique remontant jusqu’à un colonel de l’armée sudiste. Je ne m’étais jamais vanté de cette filiation. L’adolescent me gratifia d’un sourire. Sur la casquette vissée à sa tête était cousu un écusson en forme de crevette, et l’un de ses yeux était caché derrière un bandeau noir. Cette fantaisie vestimentaire lui donnait de faux airs de pirate.

— Vous cherchez une visite guidée ? Les meilleures de la ville, c’est moi qui les donne, et j’ai une voiture climatisée, un sacré foutu 4×4. J’peux vous emmener où vous voulez. Y suffit de demander.

Je lui adressai un regard amusé.

— Tu as l’âge de conduire ?

Le garçon rejeta le menton en arrière et éclata de rire.

— C’est pas parce que j’suis jeune que j’suis un débutant. J’vous fais faire le tour des cimetières, la visite de l’ouragan, des vieilles maisons et, en prime, j’vous offre le musée du vaudou : c’est ma mère qui tient le guichet.

— Combien ?

— Quarante-cinq. C’est donné, à c’prix-là. Et pour vingt de plus, j’vous emmène voir les alligators.

Je hochai la tête, plutôt satisfait. Si j’avais dû souscrire à chacune des promenades séparément, la facture aurait été multipliée par quatre. Nous échangeâmes une poignée de main et je me présentai non pas sous mon nom de plume, mais avec mon véritable patronyme. Même si le gosse n’avait pas l’air d’un rat de bibliothèque, je n’éprouvais aucune envie de partir dans d’interminables explications. Il hocha la tête.

— J’suis Napoleon.

Malgré moi, j’étouffai un ricanement. Soit il se fichait de moi et usait lui aussi d’un pseudonyme pour appâter le chaland, soit ses parents étaient dotés un sens de l’humour curieux.

— Comme l’Empereur ?

— Et comment ! Même que j’m’appelle, croyez-le ou pas, Napoleon Bonaparte. C’est pas la classe, ça ?

Vaincu par son enthousiasme, je secouai la tête et tirai deux billets verts de mon portefeuille. Le garçon les empocha avec un grand sourire et m’invita à le suivre.

— On commence par quoi ?

— Les maisons, c’est le mieux. Ensuite, les lézards, et puis on retournera en ville pour l’ouragan et les cimetières. Y faut en profiter tant qu’y pleut pas…

Je levai les yeux. Un dais de nuages gris avait mis la cité sous cloche. Même s’il ne semblait y avoir aucun péril pour le moment, j’avais entendu dire que la météo pouvait être capricieuse.

L’adolescent me mena jusqu’à une vieille Jeep bâchée de plastique et m’invita à m’installer sur la banquette arrière. Je cherchai la ceinture de sécurité, en vain. Napoleon ajusta le rétroviseur et démarra.

 

Le garçon me fit faire le tour des beaux quartiers et me désigna les propriétés des célébrités. La maison d’Anne Rice réveilla en moi les souvenirs de coupables lectures adolescentes : la demeure, dans le plus pur style architectural de La Nouvelle-Orléans, étalait ses charmes dans un curieux mélange de modestie et d’exubérance, avec ses hautes croisées blanches et son énorme porte entrouverte à travers laquelle j’aperçus un splendide guéridon posé au centre d’un vestibule drapé d’ocre. Les arbres qui poussaient dans le jardin protégeaient la bâtisse de leurs branches tordues, recouvertes d’une mousse épaisse, et auxquelles pendaient des guirlandes, des colliers de carnaval et des paires de chaussures. Je n’eus aucun mal à imaginer comment la silhouette romantique de Lestat était née ici.

Délaissant les fastes du passé colonial, nous entrevîmes la villa de Brad Pitt et d’Angelina Jolie, aux lignes beaucoup plus modernes. L’acteur jouissait d’une immense popularité auprès des habitants : après l’ouragan, celui-ci s’était particulièrement démené pour la communauté et avait fait bâtir de nouvelles maisons pour les plus sinistrés. On avait poussé la star à se présenter aux élections municipales, proposition qu’il avait déclinée et dont le souvenir ne subsistait qu’au travers de cocardes « Brad Pitt for Mayor » visibles ici et là, comme sur le pare-brise de Napoleon.

Nous tournâmes quelque temps dans les rues étriquées de ces banlieues cossues, où les villas au passé flamboyant se succédaient les unes après les autres dans une débauche de faste et de panache architectural, avant de prendre la direction du bayou. Les marais n’étaient situés qu’à une vingtaine de minutes d’autoroute en direction du Nord et l’adolescent m’avait promis une balade inoubliable.

Accablé de chaleur, je m’alanguis sur l’inconfortable banquette et laissai le vent me frapper les joues. L’odeur de La Nouvelle-Orléans, que j’avais à peine sentie lors de notre incursion en zone bourgeoise, reprenait forme et texture à mesure que nous approchions des zones défavorisées.

— Qu’est-ce que ça sent ? finis-je par demander.

L’adolescent haussa les épaules sans détourner son œil unique de la route.

— Un peu de tout. Y a les marais, bien sûr, mais y a aussi le fleuve, les arbres, les feuilles qui pourrissent, les égouts… et pis d’autres choses. Des trucs qu’on n’a pas envie de voir.

— Du genre ?

Comme pour esquiver ma question, le garçon donna un grand coup de volant vers la droite qui me projeta contre la portière opposée.

— Désolé. On arrive, m’sieur.

Après avoir longé une piste grignotée par la forêt et tendue de rideaux de lianes, la Jeep se gara devant une vaillante bicoque qui se dressait sur les rives d’un marais bourbeux. Un redneck en salopette s’y curait le peu de dents qu’il lui restait, assis dans un fauteuil de camping.

— Salut, l’empereur ! s’écria l’homme.

Napoleon claqua sa portière et salua l’autochtone.

— On a un visiteur. Tu lui montres tes bestioles ?

Le guide me fit grimper dans une barge à fond plat, au cul de laquelle avait été sommairement fixé un moteur à essence. Près du poste de pilotage, un seau rempli de guimauves attendait de combler les possibles fringales des touristes de passage. Napoleon sauta dans l’embarcation et s’installa en poupe aux côtés de son ami, tandis que je m’assis en proue pour profiter du paysage. L’odeur de la ville s’était éclipsée pour laisser place à celle, beaucoup plus franche, des marais. Le redneck largua les amarres et tira sur la cordelette du moteur. La mécanique crachota et démarra dans un grand nuage de kérosène brûlé. La coquille de noix tangua, puis fila sur l’onde à bonne vitesse.

— On vous emmène là où y a les plus gros, m’sieur ! cria Napoleon pour couvrir le ramdam du moteur.

À peine capable de l’entendre, je levai mon pouce en l’air. Même si je ne pouvais m’empêcher de m’interroger sur l’infirmité que dissimulait son bandeau, je me sentais en bonne compagnie : son visage juvénile respirait une joie que je ne m’expliquais pas.

Dix minutes de croisière plus tard, le pilote stoppa son engin au centre d’une lagune et empoigna l’anse de son seau. Tel un semeur de graines, il plongea la main dans le récipient et balança une généreuse poignée de chamallows dans l’eau saumâtre. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, des lignes en V fendirent l’onde en direction des friandises.

— Vous les voyez ? demanda mon jeune guide.

Je hochai la tête, incapable de prononcer un mot : les alligators s’étaient jetés sur les guimauves comme des enfants dans un magasin de jouets. Pour ne pas exciter les plus gros, le redneck balança plusieurs poignées de sucreries par-dessus bord, qu’il prit soin de disséminer sur un rayon assez large. Ces prédateurs colossaux étaient impressionnants. Confronté à leurs mâchoires hérissées de dents recourbées et pointues, je n’aurais certainement pas fait long feu.

— Marrant, hein ? dit Napoleon.

Le pilote reposa les guimauves et, laissant les sauriens s’en disputer les restes, tira une épuisette d’un coffre et se pencha sur l’eau. Un frisson me glaça l’échine : s’il tombait, c’en était fini de lui. Sous le regard approbateur de Napoleon, le type plissa des yeux, désigna un buisson de joncs dont les têtes dépassaient du marais et y plongea prestement son filet.

— Y en a un ! s’exclama l’adolescent, hilare, bondissant sur la barge au risque de la faire chavirer.

Maîtrisant mon effroi, je m’approchai du pêcheur pour contempler sa prise : l’homme avait capturé un bébé alligator pas plus gros qu’un chaton. Il démêla les pattes de l’animal empêtré et l’attrapa gentiment, une main sous le cou, une autre sous la queue, avant de me tendre le bébé carnassier.

— ’voulez l’prendre ?

Je secouai furieusement la tête : je n’avais aucune envie de câliner cette chose. Napoleon se chargea de recueillir la bestiole. Il avait visiblement l’habitude de manipuler ces créatures.

— Hey, m’sieur, vous aurez souvent l’occasion de tenir un alligator dans vos mains ?

Vaincu par son argument, je pris mon courage et l’alligator à deux mains. Je m’attendais à ce que sa peau soit rêche, sèche comme du vieux cuir, mais c’était tout le contraire : ses écailles étaient douces, souples et agréables au toucher. Docile, presque immobile, l’animal se laissa caresser et nous le manipulâmes encore quelques minutes. Enfin, le pilote le remit à l’eau et nous fîmes demi-tour.

De retour au quai d’embarquement, j’offris un généreux pourboire au redneck et acceptai de jeter un œil dans la cahute qu’il appelait son « magasin de souvenirs ». Des têtes séchées d’alligators de différentes tailles y reposaient sur des planches clouées au mur. Certaines, bouches fermées, servaient de presse-papiers, tandis que d’autres, mâchoires écartées, avaient été transformées en cendriers. Un peu plus haut, des nouveau-nés avaient été empaillés et vernis. Quelques boucles de ceinture trônaient fièrement sur le dernier présentoir, au milieu de crânes dépiautés et de pattes sciées en porte-clefs. Je refusai poliment d’emporter quoi que ce soit, puis regagnai la voiture. Napoleon échangea encore quelques mots que je ne pus saisir avec le guide et me rejoignit vite.

— Il était en colère, dit-il. Vous ne lui avez rien acheté.

Je me retournai. Le redneck, malgré le pourboire royal que je lui avais glissé, me regardait d’un œil noir. À mon grand soulagement, Napoleon démarra.

La voiture remonta la piste à toute vitesse. Je m’étonnai de me sentir aussi peu en sécurité ici, mais il ne s’agissait sans doute que de l’expression d’une frustration manifeste : après tout, ces gens vivaient l’enfer. Depuis le passage de l’ouragan, la fréquentation touristique était en berne et les reconstructions tardaient à être achevées. Si l’on ajoutait à cela la période creuse, je n’avais pas de difficulté à imaginer que le moindre client devait être essoré au maximum avant d’être relâché.

— On va rendre visite à Katrina ? me demanda mon guide en me toisant de son unique œil dans le rétroviseur.

J’étais quelque part soulagé de retrouver la ville et de laisser le marais et ses alligators derrière nous. Dieu seul savait combien de cadavres de touristes jugés trop pingres admiraient la pluie lente des miettes de chamallows sur les fonds vaseux, les os rongés par l’eau et les minuscules dents des bébés sauriens.

Loin devant nous, au-dessus de la baie, un voile de nuages sombre et menaçant s’avançait vers les côtes, comme si une main furieuse avait déchiré des lambeaux de nuit pour les coller sur le ciel.

— On va se prendre une saucée, maugréa Napoleon.

Le gamin appuya sur l’accélérateur et le véhicule fila en ligne droite vers La Nouvelle-Orléans.

 

Napoleon m’invita à sortir de la Jeep, garée sur une passerelle reliant deux rubans de bitume déserts. Je m’accoudai à la rambarde. Du haut du pont, on pouvait embrasser d’un regard l’immense canal qui filait vers le Mississippi et sur lequel étaient amarrées de titanesques barges. L’adolescent, maussade, se plia sur le garde-fou et contempla le morne paysage.

— C’est ici que la digue a cédé, finit-il par cracher.

J’essayai de me figurer la manière dont l’eau avait pu déborder et frapper les habitations qui, un peu plus loin, semblaient abandonnées.

— Ça a dû faire de sacrés dégâts.

Le garçon hocha la tête.

— Les informations ont annoncé la tempête trois jours avant qu’elle touche les côtes. Les autorités ont fait leur boulot, m’sieur : elles ont demandé aux armateurs de foutre leurs fichues barges en cale sèche et de ne surtout pas les laisser sur le canal. Voyez comme elles sont grosses ? Ces machins pèsent des dizaines de tonnes, comprenez ? Ça transporte du sable, du charbon, de la terre, des cailloux… c’est fait pour soutenir des trucs lourds, alors c’est du costaud. Le problème, c’est qu’ça coûte des fortunes à sortir du canal, faut de sacrés outils pour les en tirer. La plupart des gars ont viré leurs foutues péniches, mais y a un abruti qui a voulu jouer au plus malin et ça n’a pas loupé : quand la tempête s’est levée, l’une de ses barges s’est détachée et a percuté la digue. C’est pas Katrina qui a tué ces gens, comprenez ? C’est un type qui s’est dit que son fichu bateau serait plus costaud qu’un ouragan.

Incapable de répondre, je me contentai de chercher le regard du jeune homme. Son unique œil s’était embué d’une rage qu’il retenait de son mieux.

— Quand la digue a lâché, poursuivit-il, dents serrées, une énorme vague a recouvert le quartier. Que des pauvres gens, m’sieur, des chômeurs, des braves personnes qui habitaient près du mur, pensez, avec l’odeur de mort qui monte du canal et les égouts qui se jettent dans le fleuve, personne de sensé voudrait vivre ici s’il n’y était pas forcé. Les maisons ont été englouties, c’était une vraie piscine. Mes parents m’avaient envoyé chez ma tante, dans les terres. Quand je suis rentré, l’eau avait tout emporté et ma chambre était vide. Que des algues et des sacs en plastique… Rien que ça.

L’adolescent serra les poings sur la rambarde. Ses jointures blanchirent.

— Mais vous avez déjà tout vu à la télé, pas vrai, m’sieur ?

J’essayai, avec des mots sans doute mal choisis, de lui expliquer à quel point j’étais désolé. Si j’avais suivi les évènements à la télévision comme des millions d’autres Américains, je n’étais pas pour autant insensible au sort des victimes de l’ouragan, bien au contraire. L’espace d’un instant, j’hésitai à mentionner mon don téléphonique, mais je ravalai aussitôt mes belles paroles et les oubliai à jamais. J’étais incapable d’un tel cynisme.

Nous remontâmes dans la voiture et Napoleon me conduisit dans le quartier qui avait été le plus touché. Des maisons abandonnées jouxtaient d’autres maisons abandonnées, toutes vides. Certaines portes avaient été arrachées de leurs gonds, et les fenêtres expulsées de leur cadre. Quelques souches couchées pourrissaient tristement dans les arrière-cours des habitations désertées. Si certaines familles étaient revenues, en dépit du bon sens ou par absence de choix, la plupart avaient plié bagage. D’autres, plus chanceuses, avaient été relogées sur des terrains hors zone inondable, notamment grâce à la générosité nationale. Submergé par la honte et la colère, je contemplai le paysage désolé qui s’offrait à moi. L’odeur de la ville n’avait jamais été plus forte qu’ici, au cœur de la misère où les plus démunis se ressuscitaient seuls et dans l’indifférence.

— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je en pointant du doigt des traces de peinture que j’avais remarquées sur certaines façades. Du vaudou ?

Sur la plupart des habitations, des symboles dessinés à la bombe ornaient les linteaux des portes et les murs attenants : des triangles, des croix, des cercles barrés, des carrés et des chiffres en pagaille.

— Non, c’est pas du vaudou, répondit le garçon. Ça s’appelle le X-Code : les pompiers et les militaires s’en sont servi pour baliser les maisons visitées. Ce signe, par exemple, ça veut dire qu’il y a des rats. Celui-là, que c’est une bicoque qui risque de s’écrouler. Et ce chiffre, là, en bas, c’est le nombre de cadavres qu’on a retrouvés dedans.

Mon être tout entier se figea d’effroi sur la banquette de la Jeep. Mes ongles griffèrent le cuir et une boule de désespoir s’ancra au fond de mon ventre. Dans chaque maison ou presque, des corps sans vie avaient été découverts. J’éprouvai soudain l’impression de traverser une zone de guerre, un champ de mines, un cimetière de bicoques, dont les fenêtres évidées étaient en réalité des yeux sombres qui pénétraient mon âme.

— Voilà la mienne, dit l’adolescent en tendant une main molle vers une construction à demi effondrée.

Mon cou était raide comme du bois, mais je trouvai pourtant la force de tourner la tête. Sur la façade lézardée de la ruine couverte de mousses, un rond barré d’une croix avait été tracé à la peinture orange. L’épitaphe symbolique annonçait quatre morts.

 

La dernière étape de l’excursion nous conduisit devant les grilles du cimetière Lafayette. Je n’avais pas particulièrement à cœur de poursuivre la promenade : après tant d’affliction, j’aurais été soulagé de rentrer à l’hôtel. Mais Napoleon, qui avait soudain redoublé d’énergie, s’était opposé à ce que j’annule la suite de la visite.

— Si on ne voit pas les cimetières, on n’a rien vu de La Nouvelle-Orléans, m’avait-il asséné comme une brique sur la tête.

Nous laissâmes la Jeep sur un trottoir défoncé et nous engouffrâmes entre les grilles rouillées qui marquaient le seuil du jardin funéraire. Des groupes de touristes, guidés par des employés déguisés en fantômes ou en dieux vaudou, sillonnaient les allées parsemées de mauvaises herbes. À mon grand soulagement, nous n’étions donc pas seuls.

J’étudiai la forme des tombes, toutes plus étonnantes les unes que les autres : rien de surprenant à ce que cette ville éveille des sentiments morbides et ait fait naître les histoires les plus effrayantes. Je repensai aux vampires d’Anne Rice. Avaient-ils un jour emprunté les allées que je parcourais aujourd’hui ?

— Les tombes sont construites comme des sarcophages, m’expliqua Napoleon. Elles ne sont pas creusées dans la terre, vous voyez, m’sieur ? Rien que de grosses boîtes en marbre que les vivants hissent au-dessus du sol. Ce sont les premiers colons qui ont trouvé ce moyen pour que leurs cadavres ne pourrissent pas trop vite. Y paraît qu’y en a là-dedans qui sont aussi secs que de vieux raisins, comme des momies. Les cercueils sont plombés, mais quelquefois, quand des sépultures se fissurent, des feux-follets dansent dans la nuit. Pouvez être sûr qu’un bon pourboire est à la clef, au moment où… hé, tout va bien, m’sieur ?

J’avais à peine suivi son laïus. Terrassé par l’odeur et à deux doigts de la nausée, je m’étais appuyé contre un monument funéraire. Je n’en pouvais supporter davantage : la puanteur avait encore gagné en intensité, comme si elle suppurait désormais de ces horribles tombes. Cette pestilence me pénétrait corps et âme et me tordait le ventre, tant de douleur que de tristesse.

— Voulez que j’appelle un médecin, m’sieur ?

Napoleon posa une main glacée sur mon épaule. Mon corps était secoué de tremblements.

— Que… qu’est-ce que c’est que cette odeur, à la fin ? parvins-je à articuler, le cœur au bord des lèvres.

L’adolescent modifia son expression, comme si j’avais prononcé les bons mots — ou peut-être les pires — au bon moment. Il me toisa de toute sa hauteur et son visage se barra d’un rictus sinistre. Ses dents n’étaient plus aussi blanches que lors de notre première rencontre : elles avaient perdu tout leur éclat, comme des perles anciennes ternies par les éons.

— Vous voulez vraiment le savoir, m’sieur ?

Je hoquetai, secouai la tête de haut en bas, comme si le garçon s’apprêtait à me révéler le plus grand secret de l’univers. Il éclata de rire. L’incongruité de sa réaction me laissa pantois.

— Cette odeur, dit-il, ce sont les morts qui pleurent nuit et jour. Leurs larmes se mélangent aux feuilles humides, aux vieilles souches, aux animaux qui pourrissent dans les marais de La Nouvelle-Orléans. Les morts nous en veulent, voilà la vérité, m’sieur. Ils ont toujours un œil sur nous.

Joignant le geste à la parole, le garçon souleva son bandeau de pirate et me laissa entrevoir ce qu’il dissimulait. J’écarquillai les yeux et plaquai une main tremblante sur ma bouche. Mes lèvres s’asséchèrent comme si j’avais embrassé un feu brûlant. Son œil… Son œil…

Une fois qu’il se fut assuré que j’avais bien eu le temps de m’abîmer dans la contemplation, Napoleon réajusta son bandeau autour sa tête comme si de rien n’était.

— Il faut donner une voix aux morts, m’sieur.

Nous rentrâmes à l’hôtel. Lorsque la Jeep me déposa sur le trottoir, je titubai jusqu’au vestibule et m’écrasai sur un fauteuil. Le temps que je me redresse, Napoleon était déjà parti.

 

Je montai, sans trop savoir comment, dans le premier train en partance pour Chicago sitôt ma valise bouclée. À l’instant où la porte du wagon se referma, j’éprouvai un indicible soulagement. La sensibilité à fleur de peau, les nerfs à vif, j’abaissai mon fauteuil et regardai le panorama défiler de l’autre côté de la baie. À mesure que La Nouvelle-Orléans disparaissait derrière moi, son odeur s’évanouit petit à petit. Mes vêtements, pourtant lavés de frais, en conservaient néanmoins une indéniable empreinte.

Le convoi fendit la forêt et le bayou comme la lame d’un couteau. Je parvins à calmer les tremblements de mes mains et regagnai un peu de sérénité sitôt qu’aux paysages humides de la Louisiane succédèrent les plaines du Tennessee, plates et arides comme mon esprit en avait besoin. La nuit tomba sur le désert. Avec elle s’éteignirent certaines de mes peurs, mais leurs braises sommeillaient encore dans mes tripes. J’allumai mon ordinateur portable. L’écran rayonna d’une clarté lugubre dans le wagon. Par crainte de faire des rêves, je n’avais pas envie de dormir.

J’ouvris le traitement de texte et créai un nouveau document. Mes doigts tremblèrent d’abord au-dessus des touches avant de s’y abattre. Cette histoire méritait d’être racontée depuis le tout début. Les mots semblèrent un temps couler sans effort, mais finirent par me manquer lorsque j’atteignis le passage le plus terrible de mon récit.

Comment pourrais-je un jour décrire ce que j’avais vu sous le bandeau de l’adolescent ? Toutes les langues du monde n’auraient pas suffi à en dresser un tableau fidèle, pas plus que les couleurs ou les formes les plus tortueuses. Si j’avais eu un micro, je m’y serais époumoné, car c’était encore l’expression qui se rapprochait le plus de mon sentiment.

Je repensai à Napoleon et au vide dans lequel s’était perdu son œil des siècles auparavant : un gouffre insondable et noir, vieux comme le temps lui-même, au fond duquel des bouquets de vers grouillants dansaient la sarabande en compagnie des cadavres qui pourrissaient pour toujours sous La Nouvelle-Orléans. Les paroles du garçon me revinrent en mémoire. Les morts avaient besoin d’une voix, et je serai la leur.

J’effaçai le titre provisoire de mon récit et le remplaçai par celui qui venait de m’être soufflé à l’oreille. Satisfait, j’en égrenai les lettres en chantonnant, comme une berceuse peinte en accords mineurs.

L’Œil des Morts, gloussai-je avant de dériver lentement vers la folie. L’Œil des Morts…

 

❤️

Vous aimez le Projet Bradbury ? Soutenez-le ! À partir de 1€/mois, vous pouvez en devenir mécène grâce à Tipeee et avoir accès à des contreparties exclusives, sans compter la satisfaction de continuer à lire ces textes en sachant que vous y êtes un peu pour quelque chose 😊



📕 Design de couverture : Roxane Lecomte ©

0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *